Il y a des figures publiques qui dépassent les clivages, non pas parce qu’elles cherchent le consensus mou, mais parce qu’elles incarnent quelque chose de profondément humain : une manière d’habiter une fonction, une ville, un temps. Daniel Brélaz était de celles-là.
On pouvait contester ses choix, discuter ses priorités et s’agacer de certaines décisions. Mais on ne pouvait pas lui retirer une chose essentielle : il aimait Lausanne. Il la connaissait, il l’arpentait, il la sentait. Il en était un visage.
Avec lui, Lausanne avait une forme de continuité. Une stabilité. Une cohérence. La Ville n’était pas parfaite, mais elle semblait tenue, incarnée, portée par quelqu’un qui assumait d’en être la figure, avec ses qualités et ses défauts. Il y avait un cap, une présence, une autorité tranquille, et surtout, une intelligence analytique et fulgurante.
Aujourd’hui, en regardant en arrière, une phrase s’impose : Lausanne, c’était quand même mieux avant ; c’était mieux avec lui. Ses successeurs ont eu, et ont toujours comme priorité, de démolir la Ville et de la rendre invivable. Avec un talent certain.
Rendre hommage à Daniel Brélaz, ce n’est pas renier les désaccords. C’est reconnaître qu’il a marqué Lausanne d’une empreinte singulière, durable et humaine. Et admettre, avec une forme de lucidité mélancolique, que certaines figures, une fois parties, laissent un vide que ni les programmes ni les majorités ne comblent vraiment.

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