Je n’ai pas inventé ce titre. Je l’emprunte à un Dominicain qui l’a utilisé avant moi. Il dit exactement ce qu’il faut dire.
On m’a souvent expliqué que l’Ordre des avocats vaudois était une corporation indispensable, une protection et une appartenance nécessaire pour exercer dignement.
C’est inexact. Pour exercer, un avocat n’a besoin que d’une chose : son inscription au registre cantonal des avocats, tenu par le Tribunal cantonal. Cette autorisation vaut pour toute la Suisse. Elle suffit.
L’Ordre des avocats, lui, n’est juridiquement qu’une association privée. Une structure facultative. Rien de plus.
J’y ai été inscrit d’office comme stagiaire en 2011. Je m’y suis fait admettre après mon brevet en 2013, par mimétisme plus que par conviction.
Avec le temps, l’utilité concrète pour l’avocat qui plaide est devenue difficile à percevoir. L’Ordre donne souvent l’impression de fonctionner pour lui-même, avec ses commissions, ses voyages, ses cocktails, ses groupes de travail, ses séances et ses représentations internes. Une activité soutenue, parfois circulaire, dont l’impact sur l’exercice quotidien du métier demeure discret.
L’appartenance a pourtant un coût élevé chaque année, sans que l’on puisse toujours identifier ce qui revient concrètement à ceux qui exercent.
Un épisode a servi de révélateur. Une prise de position du bâtonnier a été rendue sur une question me concernant sans que je sois entendu. Il a fallu du temps pour que les faits finissent par s’imposer d’eux-mêmes.
Cet enchaînement — un verdict d’abord, l’écoute ensuite — illustre un fonctionnement devenu trop fréquent : prudence institutionnelle, réflexe de protection interne et difficulté à reconnaître une erreur lorsqu’elle se présente.
Mais le problème dépasse les personnes. Il tient à une évolution plus profonde : celle d’une institution qui, à force de se gérer par capillarité, finit par se considérer comme indispensable à ceux qu’elle représente. Or, la profession d’avocat n’a jamais dépendu d’une structure associative pour exister. Elle dépend du travail des avocats, de leurs dossiers et de la confiance de ceux qu’ils représentent.
Il ne faut pas confondre l’Ordre avec la profession. La profession demeure essentielle. Elle exige indépendance, courage et responsabilité personnelle. Elle n’a pas besoin d’une surcouche institutionnelle pour se justifier.
J’en ai tiré une conclusion simple : rester membre d’une institution dont l’utilité devient pour moi théorique n’a plus de sens.
Alors oui, j’ai quitté l’Ordre. Mais soyons précis : l’Ordre m’avait déjà quitté depuis longtemps. Le jour où l’appartenance est devenue formelle. Le jour où la représentation a pris le pas sur la réalité. Le jour où l’institution a commencé à fonctionner d’abord pour elle-même.
Je continue d’exercer.
Avec la même robe.
Et la même liberté.
Sans appartenance formelle.
Sans dépendance.
L’Ordre m’a quitté.
Je l’ai quitté.

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