L’ascenseur et le seuil
« Chemin de résurrection, prédelle au chemin de croix », du frère Marcel Durrer, ofm cap.
Le chemin de croix est bien connu : quatorze stations qui conduisent à la Passion et à la mort. Le frère Marcel Durrer en propose la prédelle. Après un seuil, il invite le lecteur à parcourir quatorze étapes :
– Écoute : « Écoute le Seigneur ! »
– Justice : Il entend ton cri.
– Vocation : Il t’appelle.
– Parole : Il te parle.
– Guérison : Il te guérit.
– Pardon : Il te pardonne.
– Mort : Il affronte la mort.
– Le tombeau vide : Il passe le deuil.
– Don : Il se donne.
– Libération : Il te libère.
– Identité nouvelle : Il te ressuscite.
– Communauté : Il rassemble.
– Partage : Il t’ouvre à la solidarité.
– Mission : Il t’envoie.
Contrairement à la Via Lucis, qui suit les apparitions du Ressuscité dans leur ordre biblique, ce livre propose un itinéraire intérieur où chaque étape devient une invitation à relire sa propre vie à la lumière de la Résurrection.
Une image m’est venue en cours de lecture et ne m’a plus quitté : celle d’un ascenseur.
Au rez-de-chaussée, le réel : ma vie d’avocat, mes enfants, les dossiers en cours, les obligations du quotidien.
Au sous-sol, mon monde intérieur, celui que l’on met de côté parce qu’il n’y a jamais le temps de s’y arrêter. La première étape du livre commence justement là, par l’écoute de soi, avant même l’écoute de Dieu. Le frère Marcel Durrer cite saint Benoît : « Nous montons vers Dieu en descendant vers notre intérieur. » Cette phrase m’a arrêté en pleine lecture. Descendre pour monter : c’était mon ascenseur. Il m’a fallu la lire pour comprendre que je le prenais depuis longtemps, sans le savoir.
Au premier étage, le monde spirituel parle à travers ma vie d’avocat, ma vie familiale et ma vie spirituelle. « Le don précède l’être », écrit saint Bonaventure dans la préface. J’y ai reconnu l’un des fils conducteurs de la théologie franciscaine : le don du Christ précède la faute. Chez saint François, cette intuition devient une manière de vivre avant d’être une doctrine.
Je pensais monter vers Dieu. J’ai découvert que je passais mon temps à faire l’aller-retour entre ces trois étages. L’un éclairait l’autre. Ma vie professionnelle, ma vie familiale et ma vie spirituelle ont cessé d’être des compartiments séparés. Elles se répondaient.
Le frère Marcel Durrer ouvre son parcours par une étape qu’il appelle le seuil, avant même la première station. Il invite le lecteur à s’arrêter devant la porte, à regarder « cette limite, marquée ou non, entre le dehors et le dedans ». Ce seuil n’était plus seulement celui du livre. Il était devenu le mien.
J’ai refermé ce livre quelquefois durant la lecture. Il fallait laisser certaines pages faire leur chemin.
Au terme du parcours, Marcel Durrer écrit : « Te voilà au terme du parcours, considère-le comme une ascension en montagne. En montagne, chacun sait qu’une fois arrivé au sommet, il faut redescendre. La descente est ce qu’il y a de plus dur, de plus difficile, souvent de plus périlleux. Retrouver la vie de tous les jours en changeant son regard, sa façon de faire, voilà le défi que nous devons relever en revenant dans notre quotidien. » C’est peut-être la plus belle image du livre. Elle répond à celle de l’ascenseur qui m’a accompagné tout au long de cette lecture.
Quant à moi, je termine cette lecture en me demandant simplement à quel étage je me trouve aujourd’hui. Et je n’ai pas de réponse.


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